Le criement au Moyen Âge une notion clé du vocabulaire médiéval
Au fil des siècles, la langue française a connu d’innombrables évolutions, témoins des usages sociaux, des transformations institutionnelles et des mentalités. Parmi les nombreux termes tombés en désuétude, « criement » figure en bonne place dans le lexique du Moyen Âge. Ce mot, rare aujourd’hui, recelait au Moyen Âge une richesse de sens liée à l’ordre public, à la justice, mais aussi à la vie quotidienne des communautés urbaines et rurales. Comprendre le « criement » permet de mieux appréhender le fonctionnement de la société médiévale, où l’oralité occupait une dimension primordiale.
Définition et origine du terme criement
Le mot « criement » trouve son origine dans le verbe « crier », issu du latin « quiritare » signifiant appeler à l’aide ou attirer l’attention. Dans le contexte du Moyen Âge, il désignait à la fois l’action de crier, de proclamer publiquement, mais aussi le contenu de cette proclamation, qu’il s’agisse d’une information, d’un ordre ou d’une décision judiciaire. Ainsi, le criement recouvre à la fois l’acte oral lui-même et le message transmis, souvent à caractère officiel.
La prononciation publique – le « cri » – revêtait un aspect formel dans la société médiévale où la majorité de la population était illettrée. Le criement était alors le moyen privilégié d’assurer la diffusion des lois, annonces et décisions à une large audience, garantissant ainsi leur validité et leur autorité.
Le criement et la diffusion des informations officielles
Dans une société médiévale dépourvue de presse écrite et de médias, la circulation de l’information reposait largement sur l’oralité. Les annonces faites à travers le criement étaient essentielles à la vie d’une communauté. Les crieurs publics, parfois appelés « hérauts » ou « sergents-crieurs », parcouraient villes et villages pour proclamer :
- Ordonnances royales ou seigneuriales : édits, prohibitions, impôts à acquitter
- Décisions des autorités locales : jours de marché, foires, fêtes religieuses
- Règlements de police et mesures sanitaires
- Alertes diverses : incendies, rassemblements, dangers imminents
Le criement s’effectuait souvent à des emplacements stratégiques — carrefour des routes, places des marchés, parvis des églises — où le passage était fréquent et l’audience garantie. Le message proclamé devait être entendu, compris et retenu, ce qui impliquait une diction claire et une autorité reconnue du crieur.
Le criement dans la procédure judiciaire
Si le criement s’appliquait à la diffusion d’informations générales, il jouait aussi un rôle central dans la procédure judiciaire médiévale. Le terme désignait alors l’acte officiel de proclamation d’une décision, souvent au nom du seigneur ou du roi. Ainsi, les sentences, convocations devant la justice ou interdictions pouvaient être « criées » publiquement. Cette technique visait plusieurs objectifs :
- Informer efficacement la population concernée
- Conférer valeur juridique à l’acte : le criement constituait parfois un préalable nécessaire à l’application des décisions
- Garantir la publicité des procédures – obligation majeure dans une société où la justice se devait d’être visible et reçue par tous
À titre d’exemple, lors d’une saisie de biens ou d’une vente aux enchères judiciaires, le criement assurait la transparence de la procédure. La notion de « criées et bannies » pour les ventes publiques s’est largement perpétuée, donnant naissance plus tard aux expressions françaises « vente à la criée » ou « crier une enchère ».
Le criement dans la vie économique
Au-delà de la sphère politique ou judiciaire, le criement occupait une place de choix dans l’économie médiévale. Le commerce et les échanges étaient rythmés par des annonces publiques, relayées par les crieurs professionnels. Ceux-ci informaient la population de l’ouverture des marchés, de l’arrivée de marchands itinérants, des disponibilités de denrées ou d’objets précieux. Certains produits étaient même exclusivement vendus « à la criée », notamment les biens périssables comme le poisson, la viande ou le pain.
Voici un tableau récapitulatif des principaux domaines où le criement jouait un rôle clé :
| Domaine | Exemple d’usage du criement |
|---|---|
| Politique | Proclamation d’ordonnances seigneuriales ou royales |
| Judiciaire | Convocation de plaideurs, annonce de jugements ou de sentences |
| Économique | Annonces de ventes publiques, marchés, prix officiels |
| Social | Perte ou recherche d’objets, avis de décès, fêtes |
Par ailleurs, la criée subsiste aujourd’hui sous la forme moderne dans les halles à poisson ou dans certains marchés agricoles, où l’on retrouve le principe des ventes publiques orales et transparentes.
Une exemple emblématique le criement du guet
Un exemple célèbre du criement médiéval est celui du guet à Paris. Chaque soir, le guet, chargé de la garde de la ville, effectuait un tour dans les rues en criant des annonces précises indiquant le début ou la fin des rondes, mais aussi témoignant de la vigilance de la force publique. Les formules étaient codifiées et les crieurs parfois secondés par des sonneries de cloches (« cloches du guet »).
Ces pratiques soulignaient le rôle du criement dans la sécurité collective et dans la régulation des rythmes urbains, confirmant ainsi son ancrage profond dans la vie quotidienne de l’époque.
Evolution du terme et héritage moderne
Avec l’essor de l’imprimerie et la montée de l’alphabétisation à partir du XVe siècle, le recours au criement a progressivement diminué. Cependant, le terme et ses usages n’ont pas totalement disparu. Il a laissé des traces dans la tradition française avec des expressions comme « vente à la criée », désignant des ventes publiques orales d’objets divers.
Par ailleurs, certaines professions contemporaines, telles que les commissaires-priseurs ou les crieurs de journaux (figures emblématiques encore visibles dans des villes comme Paris jusqu’au XXe siècle), en sont les lointains héritiers. Les équipements modernes employés (mégaophones, systèmes sonores portatifs de marques comme TOA Electronics ou Monacor) rappellent l’importance de s’adresser efficacement à un large public, perpétuant en quelque sorte l’esprit du criement médiéval.
Le criement au Moyen Âge entre oralité et gouvernance sociale
Bien plus qu’une simple tradition orale, le criement était au cœur des mécanismes de pouvoir, d’échange et de justice au Moyen Âge. Héritage vivant des sociétés passées, il illustre combien l’information partagée et proclamée demeure un pilier essentiel de toute organisation sociale structurée.